Cri du cœur de Me Michel Paradis pour les copropriétés

Publié le 01-09-2017

Me Michel Paradis est aussi co-fondateur du Conseil de la propriété du Québec et président du Regroupement des gestionnaires de copropriétés Québec (RGCQ).


Peu de gens connaissent véritablement Me Michel Paradis, président du Regroupement des gestionnaires de copropriétés Québec (RGCQ). Son plus récent article paru dans le magazine Condo Liaison porte à réflexion sur le déclin des copropriétés et l’urgence d’agir du gouvernement.

Le titre, en grosses lettres bleues, attire l’attention. «Le déclin de la copropriété au Québec : la négligence de l’État nous mène directement dans le mur.»

En entrevue avec Condo Propriétaire, Me Paradis explique son engagement pour la cause des copropriétaires. Durant deux ans, il a travaillé bénévolement pour le Comité consultatif sur la copropriété. En 2010, le Barreau du Québec le désigne comme expert au Groupe de travail sur la réforme du Code civil en matière de droit de la copropriété.

Cela signifie une tournée des grandes villes du Québec et des rencontres avec de nombreux représentants d’organismes et d’ordres professionnels. Des mois de travail qui ont conduit à la rédaction d’un rapport de 150 pages publié en 2012.

Cinq ans plus tard, pourtant, ses recommandations semblent être reléguées aux oubliettes. Pourtant, les experts ont présenté une série de mesures susceptibles de freiner le dépérissement des copropriétés au Québec.

«On pense par exemple à l’obligation de mettre en place un carnet d’entretien pour la copropriété et d’imposer une étude sur le fonds de prévoyance qu’on devra s’engager à respecter», raconte-t-il.

«Il faut trouver un mécanisme qui permettrait aux administrateurs de mettre fin aux critiques et au chialage» Me Michel Paradis, président du RGCQ Québec 

Trop gentils et polis?

Au quotidien, Me Paradis habite dans une copropriété située dans le Vieux-Port du Québec. Il y a environ un mois, il a assisté à une assemblée rassemblant les copropriétaires.

«Sur 30 personnes, il y avait une personne qui parlait sans arrêt et les 29 autres avaient tous du bon sens», dit-il. Souvent, il s’agit d’anciens administrateurs qui viennent jouer les belles-mères.

Les gens sont peut-être trop polis et gentils à l’égard de ces perturbateurs qui anéantissent les efforts des administrateurs en place. «Il faut trouver un mécanisme qui permettrait aux administrateurs de mettre fin aux critiques et au chialage.»

Crainte de déplaire

Les administrateurs craignent de déplaire et d’être critiqués. «Je le vois couramment dans ma pratique. L’administration d’une copropriété se fait dans un contexte de bénévolat, de voisinage. Certains ne veulent pas être perçus comme le méchant voisin qui impose des charges aux autres.»

En conséquence, les nouveaux administrateurs évitent d’entreprendre des travaux coûteux ou de débourser les sommes nécessaires pour l’entretien de l’immeuble. «Résultat, ajoute-t-il, l’immeuble tombe en ruines, faute d’entretien.»

Exemple de l’Ontario

«Pendant ce temps-là, l’Ontario, la province voisine a adopté certaines de nos propositions présentées dans notre rapport», déplore Me Paradis.

En juillet dernier, l’Ontario exigera une plus grande transparence des administrateurs. À compter du 1er février 2018, l’Ontario mettra en place l’équivalent d’une Régie de la copropriété. L’objectif est de régler les différends entre les copropriétaires grâce à l’instauration d’un tribunal. Cette autorité sera indépendante mais liée au système administratif ontarien.

Volonté politique

«Au Québec, déplore Me Paradis, il n’y a pas de volonté politique pour aller de l’avant. Faudrait-il qu’une dalle de béton s’effondre comme on a vu dans le passé sur un viaduc de Montréal ?»

«Si j’étais ministre de la Justice, je commencerais par m’occuper du dossier de la copropriété qui n’est pas un sujet controversé. Au Québec, les copropriétés ont environ 50 ans. Il est urgent d’agir.»

Éviter les tribunaux

Me Paradis traite plusieurs causes liées à la copropriété. «Sur 50 causes, on en règle au moins 45 dans mon bureau. On évite d’aller devant les tribunaux. On trouve des solutions en favorisant la médiation, l’arbitrage.»

Qu’est-ce qui l’incite à aider autant la cause des copropriétaires ? «Je pense aux gens qui arrivent chez eux dans leur condo après une journée de travail. Ils devraient avoir la paix. Souvent, ils sont malheureux en raison des conflits qui persistent.» 

Par Annie Bourque

Du côté de la ministre de la Justice 

La représentante de Condo Propriétaire a posé deux questions à l’attachée de presse de la ministre de la Justice Stéphanie Vallée. Cette dernière a-t-elle pris connaissance du rapport de 150 pages rédigé par Me Paradis et les autres experts?

Le Québec va-t-il imiter l'Ontario qui a mis en place des mécanismes pour améliorer les relations entre les copropriétaires?

L’attachée de presse, Isabelle Marier Saint-Onge a promis de répondre à ces questions. Dossier à suivre.


  Les sujets traités sont offerts à titre d'information et ne représentent pas des avis juridiques.

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